Les machines à sous

Les amateurs de bandes dessinées se souviennent probablement d’un album de Lucky Luke, dans lequel le célèbre cow-boy aide deux frères, inventeurs d’un bandit manchot, à faire connaître leur création, de ville en ville et de saloon en saloon.
Les machines à sous, véritables automates de jeu, sont nées aux Etats-Unis à la fin du XIXe siècle, associées à la ruée vers l’or. On cherchait alors à conquérir ce marché nouveau, dans les villes minières où la législation n’interdisait pas officiellement les jeux d’argent.
Frappées ici et là d’interdictions, les machines à sous sont parvenues à s’imposer dans les casinos au cours de la seconde moitié du XXe siècle. Pour plusieurs raisons, elles diffèrent des autres jeux proposés en ces lieux. Ici, le joueur est seul face à sa machine, nul besoin de croupier. De même, les mises peuvent être beaucoup plus modestes. Enfin, il ne s’agit pas là d’un jeu requérant des facilités à élaborer une stratégie ou un raisonnement presque mathématique. Les machines à sous invitent à s’en remettre au hasard. Elles ont ainsi contribué à démocratiser le public des joueurs, à le féminiser aussi car l’univers des casinos est longtemps demeuré exclusivement masculin.
Si les machines dites à rouleaux sont aujourd’hui électroniques, le principe est demeuré le même. L’introduction d’une pièce de monnaie, d’un billet ou d’un jeton dans la fente appropriée permet le déclenchement du mécanisme. Celui-ci est effectué par la pression faite sur un bouton, sur un écran tactile ou bien encore à l’aide d’un levier (cf : le bandit manchot). Sur des rouleaux ou sur un écran s’affichent des combinaisons de symboles, gagnantes ou non. Dans le premier des deux cas, le gain tombe dans un bac situé sous la machine. Simples d’utilisation, pourvues d’un fonctionnement d’une facilité déconcertante, offrant l’avantage de parties rapides et la perspective de petits gains fréquents, les machines à sous connaissent un succès constant. Et c’est peut-être aussi à elles que les casinos doivent leur survie. Elles sont arrivées à point nommé alors que les établissements de jeux étaient en perte de vitesse, trop peu fréquentés et en proie à des difficultés financières dues aux pressions fiscales exercées par l’état. En France, les casinos étaient menacés de fermeture lorsque, en 1987, le gouvernement a pris la décision de légaliser les machines à sous. D’autres pays d’Europe avaient cédé depuis bien des années déjà et les Etats-Unis avaient progressivement autorisé la présence de ces bandits manchots dans les années 1970.